De l’agonie d’être moyen

Il y a beaucoup d’instants où on est très heureux d’être quelqu’un de moyen. On se contente et se rassure de n’être à aucun extrême, et c’est souvent une excellente technique de survie. En effet, s’éloigner des absolus, se rapprocher des modérés, permet dans bien des circonstances d’entraîner la compréhension mutuelle et et le dialogue.

Etre moyen, c’est refuser, aussi, par modestie ou politesse, de parler plus fort qu’un autre ou de se démarquer, ce qui est souvent extrêmement bénéfique en société.  On pourrait même se dire qu’un consensus silencieux existe à une bonne vie en société : rester dans les rangs, sans prendre de risque ou se démarquer, est quelque chose de suffisamment récompensé par un certain confort pour nous suffire.

Sauf qu’à cette conception qui encense l’ordinaire – qu’en toute honnêteté je trouve essentielle, nous n’arriverions clairement pas à vivre ensemble sans- se heurte la création. Qu’elle soit littéraire ou télévisuelle, chaque histoire a besoin d’un héros. Et un héros, dans toutes ses définitions, tend à sortir de l’ordinaire pour être transcendé par quelque chose de plus grand que lui ou elle, souvent même par sa propre histoire.

Comprenez moi – le simple fait de raconter son histoire sous entend qu’elle a une certaine importance, qu’elle vaut la peine qu’on s’y attache. On pourrait m’envoyer des Madame Bovary à la figure, qu’il est en effet difficile à ignorer, à l’exception près que son histoire reste une des plus connues du public français, et que par ce simple fait on lui accorde plus d’importance que la mienne ou la vôtre. Pour de mauvaises raisons, peut être, mais le cas est là. La chance que l’on connaisse mon prénom en dehors du cercle papa-maman-les copains-mon chat reste tout de même assez faible, et c’est le cas de l’écrasante majorité d’entre nous.

Ah. Vous commencez à le sentir le petit pincement ou c’est juste moi ? J’essaye quand même de tenir un blog, ce qui témoigne avec certitude d’un très certain narcissisme doublé d’un terrible besoin de reconnaissance, ce qui fait de moi le cobaye idéal de ce type de mécontentement, je vous l’accorde.

Cependant, il faut avouer que nous sommes entourés d’histoires d’hommes ou de femmes (le plus souvent seulement hommes, mais c’est un tout autre débat) extraordinaires, tout en étant encouragés à l’honorable, voire à l’insignifiant. Nous sommes tous, en un sens, les héros de nos propres histoires, mais qu’en est-il des autres et de ce qu’ils en savent ?

Je me souviens de la lecture d’une étude (dont je n’arrive pas à retrouver la provenance, et ça m’agace beaucoup) que la quasi totalité de notre communication avec les autres serait tournée, en réalité, vers nous-mêmes. Elle nous est destinée, destinée à raconter et partager notre histoire, nos sentiments, nos opinions, pour leur donner de l’importance et les faire reconnaître. En ceci internet est un vecteur incroyable d’opinions et de récits personnels … Passez 30 minutes sur Twitter et cela se comprend bien vite.

Nous sommes entourés de héros, qui, par leurs actions, se démarquent et se rendent spéciaux. Nous créons nos propres héros en encensant des personnages qui se mettent en valeur et font de leur vie une scène – vous avez été sur Youtube récemment ?

Et pourtant, on se le dit bien que notre avis a de l’importance, que notre voix mérite d’être entendue. On veut, malgré tout, se démarquer, pour grandir et se construire. Juste, pas trop.

Que se dire alors, si ce n’est que reconnaître cette agonie pinçante, cette contradiction profonde : trouve ta voie, mais sois simple. Sois incroyable, sans trop être original. Sois parfait, mais pas trop. Et être moyen, au final, au milieu de tout ce tumulte, devient à la fois une technique de survie et une malédiction. Je suis quelqu’un de profondément moyen et le vis plutôt bien … Sauf quand je finis un livre. Vous savez, ce pincement qui revient ? C’est celui de me dire que peu importe à quel point cette histoire est incroyable, elle ne m’appartiendra jamais.

Quand on y pense, vous voilà en train de lire mon monologue, ce qui en soi est déjà fascinant. Qui suis-je pour vous ? Ne suis-je au final qu’une figure floue, presque immatérielle, derrière un écran ? Me donnez vous un visage, un nom, une histoire ?

Suis-je un de vos héros ?

William

Premier Paragraphe

Il y a peu de choses qui soient importantes, outre les mots. Mots doux, mots d’amour, grands mots, mots de chagrin ou de haine, de tendresse et de peur. On construit, on détruit, on tourne et virevolte entre des mondes qui se créent entre nos doigts.

Du haut d’une petite vie déjà bien remplie, je ne me suis jamais aussi rarement passionné par quoi que ce soit d’autre que l’écriture. Déjà enfant, j’attendais avec impatience le moment où une incroyable aventure m’amènerait loin de chez moi ; où je pourrais me découvrir pouvoirs et destinée extraordinaires.

Mais on grandit.

L’envie, reste, mais on se fait à une vie normale, un peu plus fade, plus banale. Puis on retrouve une histoire qui nous transporte. On navigue alors de texte en texte et de personnages en univers ; sans s’en rendre compte on a loupé notre arrêt de métro et on se met en retard pour la vraie vie.

J’ai décidé d’entrer dans le jeu. Je n’atteins ce sentiment de plénitude incomparable que lorsque j’écris, lorsque mes mots me quittent sans que je le contrôle, qu’ils coulent tous hors de moi dans une mélasse indescriptible sculptée de pur bonheur.

Pourquoi un blog, alors ?

Par peur, par flemme, par envie, je n’en sais trop rien. Pour trouver une discipline, un rythme, pour me forcer à me mettre devant un clavier et me donner un but. Je pense parler ici de tout, tout ce qui me passera par la tête ; et peut être même du reste.

J’aime bien, ici. C’est cosy, je suis pour le moment tout seul. Venez donc, si cela vous plaît, il fait si bon ensemble.

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William

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